Cela fait vingt ans que l’on parle des gens du voyage sur la presqu’île guérandaise. Vingt ans de débats, de promesses, de réunions et de polémiques… et pourtant, chaque été, le même scénario semble se répéter.

À l’époque de Christophe Priou, déjà, la question revenait comme un feuilleton estival dont personne ne voulait vraiment écrire le dernier épisode. On se souvient de l’occupation du terrain de football, des tensions entre communes et des élus qui se renvoyaient la responsabilité d’une situation pourtant connue de tous.
Car le problème n’est pas nouveau. En 2011, Media-Web alertait déjà sur cette difficulté. Depuis, les discours se sont succédé, mais les actes semblent toujours insuffisants. Des solutions devaient être mises en place dans les communes concernées. Force est de constater que le sujet revient encore, année après année, comme une mauvaise habitude dont personne ne parvient à se débarrasser.
Pourtant, certaines collectivités ont réussi à trouver un équilibre. Avec de l’anticipation, du dialogue et une organisation claire, il est possible d’éviter les affrontements et les situations de crise. Alors pourquoi attendre systématiquement le blocage des routes, la colère des habitants et la confrontation entre élus et services de l’État ?
Une crise révélatrice d’un malaise plus profond
La récente colère du maire de Guérande illustre une nouvelle fois ce malaise. L’élu dénonce une décision de l’État prise selon lui sans concertation, après une importante mobilisation des forces de l’ordre pour empêcher une installation illégale.
Son message est clair : il estime que les collectivités jouent le jeu, investissent dans des aires d’accueil et respectent leurs obligations, mais qu’elles ne sont pas entendues lorsque survient une situation de crise.
De son côté, le sous-préfet rappelle que l’État devait gérer une urgence et regrette la polémique. Deux visions qui s’opposent : celle d’un maire qui estime défendre son territoire et celle d’un représentant de l’État qui affirme avoir dû trouver une solution immédiate.
Mais derrière cette confrontation, une question demeure : qui pilote réellement cette politique d’accueil ? Et surtout, pourquoi vingt ans après, sommes-nous encore dans la gestion de crise plutôt que dans l’anticipation ?
La politique du dernier moment
Le problème n’est pas de savoir qui a raison ou qui a tort dans cet épisode précis. Le problème est que le système semble fonctionner uniquement lorsqu’il arrive au bord de la rupture.
On ne peut pas demander aux habitants d’accepter chaque année les mêmes tensions. On ne peut pas non plus laisser les élus locaux se retrouver seuls en première ligne face à des situations qui dépassent souvent le cadre communal.
L’État, les communes et les intercommunalités doivent sortir de cette logique du dernier moment. Une politique efficace ne se construit pas dans l’urgence, avec des barrages de gendarmerie et des négociations nocturnes. Elle se prépare bien avant.
Vingt ans après, il est temps d’agir
Le débat sur les gens du voyage ne doit pas être un rendez-vous annuel de crispations. Il doit devenir un sujet traité avec responsabilité, fermeté et respect des règles.
Les droits doivent être respectés, mais les obligations aussi. Les collectivités doivent être accompagnées, les installations illégales doivent être traitées avec cohérence et les décisions doivent être prises dans la concertation.
Vingt ans après les premières alertes, il serait peut-être temps de passer des paroles aux actes.
Quant à la menace de démission brandie par le maire de Guérande, elle pose une question simple : après tant d’années d’immobilisme, qui aura finalement le courage de prendre ses responsabilités ?
Cet article a 7 commentaires
Priou, Louvrier, et Criaud ne veulent pas des gens du voyage sur leur commune. Disons le clairement. C’est dogmatique. À partir de là devant la mauvaise foi rien n’avance. Criaud menace de démissionner CHICHE on fera de nouvelles élections.
En réalité, le problème est bien antérieur. Déja (de mèmoire) en 1998, Jean Pierre Dhonneur, maire de Guérande, avait essayé de les faire partir par la force avec le concours de ses policiers municipaux et il avait été condamné par la justice. Ensuite, les lois ont évolué jusqu’à l’obligation d’accueillir les « évènements religieux » (jusqu’à plusieurs centaines de participants) et les communes de Cap Atlantique (à partir de 2002) devaient mettre à disposition un terrain propice chaque année sur une commune si possible différente. En 2004, le sous-préfet de Saint Nazaire était venu, lors d’une session de Cap Atlantique, nous confirmer nos obligations auxquelles aucune commune ne pouvait se soustraire. Nous lui avons expliqué que nous représentions avant-tout nos électeurs qui subissaient les conséquences (y compris financières) de ces occupations sauvages, mais ce n’était pas son problème. En 2006, c’est l’aérodrome de La Baule qui a été occupé et un pilote a évité de justesse un 4X4 qui faisait du rodéo sur la piste au moment où il atterrissait…
Yves Métaireau s’est déplacé en personne pour évoquer des questions de sécurité mais le commissaire de police de St Nazaire lui a expliqué (il avait vraisemblablement reçu des consignes) qu’il fallait laisser faire les « gens du voyage » car ils menaçaient de bloquer la 4-voies. Nous étions un dimanche soir et assurer l’écoulement du trafic sur cette route était visiblement sa seule préoccupation.
Les maires de nos communes ont compris que c’était perdu d’avance. Depuis, les choses n’ont pas vraiment bougé.
Article remarquablement rédigé. Bravo!
Renato: » Criaud menace de démissionner.. » voulez-vous dire chiche ou chic ! ».
Ces élus qui ont peur de tout : des migrants, des cirques, des goëlands, des gens du voyage, des jeunes maintenant…ont de la chance d’être planqués à La Baule. Cela pose la question: » Quel Horizon à venir? »
Que les élus concernés prennent connaissance de cet article.
Monsieur Goychman, j’accorde une grande attention à votre commentaire. Mais je me permets une analyse qui vient contredire votre conclusion. J’espère que vous ne m’en voudrez pas.
« Les Maires de nos communes ont compris que c’était perdu d’avance ». Non , le maires de nos communes ont compris que c’était gagné d’avance à la prochaine élection si , face au « stock » d’électeurs fidèles, on s’érige en sauveur, en croisé, en barrage au rapprochement des gens qui voyagent, de nos côtes, pour trouver la fraîcheur. Aucun représentant de l’Etat ne peut accompagner un élu local dans « sa chasse » au non sédentaire car l’accès à l’eau ne peut être interdit :c’est un principe Universel. Ce qui bien sûr n’empêche l’application de la loi contre ceux qui la transgresse . Rien n’autorise le saccage ou la violation de propriété publique ou privée. A travers vos propos vous êtes dans une démarche de transmission totalement respectable et précieuse. Je suis arrivée en 2010 ( migrante donc comme une majorité des Baulois et Pornichétins). Moi aussi je suis venue vers l’eau. Mais je suis sédentaire, » gadgée » d’origine bretonne ( malgré 30 ans à Paris) fonctionnaire de la Justice retraitée et blanche de peau. C’est beaucoup plus facile. Dans votre commentaire vous évoquez des mises en scènes autour de rapports de forces : » un maire tente de faire partir par la force avec des policiers…Y M se déplace en personne …mais le sous-préfet dit que…Le commissaire de Saint-Nazaire dit que… » Les Maires n’hésitent pas à se donner un rôle de victime face à l’état qui ne semble pas comprendre pas leur débordement et valide » l’invasion » telle une invasion de barbares. Vraiment je ne pense pas que les élus aient peur de gens du voyage. Je connais bien ces communautés du fait de mon activité passée. Elles sont structurées et hiérarchisées. Tous les ans , depuis des années , chacun joue sa partie dans un jeu de rôle politiquement convenu. Qui se répète parce qu’il rapporte au scrutin. Au détriment de l’électeur dupe et naïf. A chaque citoyen de se construire son opinion en évitant les manipulations du pouvoir. L’horizon n’est pas le même pour tout le monde.
Il est facile d’utiliser le malheur des victimes de ces intrusions pour de la petite tambouille politicienne. Il est beaucoup plus difficile de bâtir et mener à bien un programme d’actions, animé du souci du bien commun.
Renato vous avez raison : une personne qui impose ses avis sans tolérer de discussion relève du dogmatisme. Cf Pornichet.
Une réponse commune des maires de la Presqu’île à ce problème récurrent est-elle envisageable ?
Les nuisances ne seraient pas les mêmes selon qu’elles soient de sources friquées ou fauchées. Il y a les campements invasifs et les installations éphémères… Il semblerait que le maire de Pornichet ait trouvé la parade… pour son cercle privé. Les autorisations, les interdits, ne sont pas les mêmes selon que vous soyez puissants ou misérables… amis ou adversaires, pourquoi pas ennemis ! La distinction sociale voilà qui pose question dans une municipalité sous coupe réglée où toute décision dépend du bon vouloir d’une seule personne.
Quand il y a un cas, ça doit poser question. Quand il y a autant de cas, là, on est dans quelque chose d’extrêmement grave, alors qu’on attend de ceux, celles, qui sont en responsabilité et des services une certaine exemplarité.