Domminique Maisonneuve

Ancien collaborateur parlementaire de Sandrine Josso, Dominique Maisonneuve interpelle la présidente de l’Assemblée nationale sur la succession des départs au sein de l’équipe de la députée et sur les difficultés rapportées par plusieurs anciens collaborateurs. À 74 ans, il demande que les témoignages, les conditions de travail et les éventuelles alertes adressées à l’institution fassent enfin l’objet d’un examen approfondi, contradictoire et transparent. Au-delà de son propre parcours, il pose une question essentielle : qui protège les collaborateurs parlementaires lorsque les difficultés qu’ils dénoncent concernent leur propre employeur ?

Des rendez-vous de médiation reportés, une colère grandissante. Dominique Maisonneuve ne cache plus son exaspération face à une situation qui s’éternise. « Elle joue la montre, car au bout d’un an, on ne peut plus saisir les prud’hommes », dénonce-t-il. Il adresse une lettre ouverte à la présidente de l’Assemblée Nationale.

Madame la Présidente
Hôtel de Lassay
128, rue de l’Université
75355 Paris 07 SP

Guérande, le 11 octobre 2026
Lettre ouverte : Sandrine Josso : combien de temps encore l’Assemblée nationale fermera-t-elle les yeux ?

Madame la Présidente,

«  »Je m’appelle Dominique Maisonneuve. J’ai 74 ans. J’ai été collaborateur parlementaire de Mme Sandrine Josso, députée.

Je ne suis ni juriste ni homme politique. Je n’ai jamais cherché à faire carrière dans ce milieu. J’ai simplement fait confiance à une députée de la République. Peut-être de trop !

J’ai aussi fait confiance à l’Assemblée nationale, une institution dont je pensais qu’elle veillait au respect des règles. Aujourd’hui, cette confiance est profondément ébranlée, parce que ce que j’ai vécu ne me semble plus pouvoir être considéré comme une simple difficulté entre un employeur et un salarié.

Lorsque plus de 40 collaborateurs, selon la presse, se succèdent auprès d’une même députée, lorsque plusieurs personnes connaissent des difficultés et que certaines sollicitent l’Assemblée nationale, lorsque des témoignages font état de souffrance et que, malgré cela, rien ne semble véritablement bouger, une question finit forcément par se poser : Jusqu’où faudra-t-il aller avant que l’institution décide enfin de regarder ce qui se passe ?

Je ne veux pas me cacher derrière des généralités. Le sujet de cette lettre, c’est aussi Sandrine Josso, ses méthodes de fonctionnement et de management.

Je ne prétends pas avoir les compétences pour déterminer juridiquement ce qui se passe avec Mme Josso. Mais je refuse également que l’on fasse comme si les interrogations la concernant n’existaient pas.

Près de 40 collaborateurs se seraient succédé auprès de Mme Josso. D’autres personnes ont témoigné auprès de l’Assemblée nationale de leurs difficultés. Certaines ont quitté leur poste. Et pourtant, malgré cette accumulation de signaux, la question demeure : qu’a réellement fait l’Assemblée nationale pour vérifier ce qui se passait ?

C’est cette question que je vous pose aujourd’hui. Et je vous la pose publiquement parce que les démarches et les alertes individuelles semblent ne pas avoir suffi.

Je veux être parfaitement clair : je ne veux pas transformer ce que j’ai personnellement vécu en accusation générale. Mais lorsqu’autant de personnes se succèdent dans une même équipe parlementaire cabinet que plusieurs d’entre elles décrivent des difficultés, il me paraît légitime de demander qu’une institution s’intéresse enfin à la situation et fasse, de manière factuelle, une véritable enquête :

– que l’on entende les anciens collaborateurs ;

– que l’on examine les conditions dans lesquelles ils ont travaillé ;

– que l’on regarde les départs successifs ;

– que l’on examine les éventuelles alertes adressées à l’Assemblée nationale ;

– que l’on entende Mme Josso ;

– et que l’on établisse enfin ce qui relève de simples difficultés professionnelles et ce qui pourrait révéler des méthodes de management incompatibles avec les responsabilités d’un parlementaire.

Et moi, dans tout cela ?

J’ai donné mon temps, mon énergie et ma confiance.

Je pensais que les demandes formulées par une députée dans le cadre de mes fonctions étaient normales, puisqu’elle est dépositaire de l’autorité que lui confère son mandat parlementaire, qu’elle vote les lois et qu’elle est donc censée les connaître. Moi, hélas, je ne les connaissais pas suffisamment pour imaginer que certaines tâches ou certaines pratiques pouvaient poser question.

Aujourd’hui, je me sens trompé, je me sens lésé. Et je considère même avoir été, d’une certaine manière, escroqué dans la confiance que j’avais accordée.

Je ne demande pas que cette appréciation personnelle devienne une vérité judiciaire. Je demande simplement que les faits qui l’ont provoquée soient examinés.

Que faisait-on réellement faire aux collaborateurs ?

C’est une question centrale. Un collaborateur parlementaire est employé pour contribuer à l’exercice du mandat d’un député. Il ne doit pas devenir une personne disponible pour répondre à toutes les demandes personnelles de l’élu.

C’est précisément là que mes interrogations commencent. Quelles tâches m’ont été confiées ? Dans quelles conditions ? Pour quels objectifs ? Correspondait-il réellement à l’exercice du mandat parlementaire de me demander certaines choses qui m’ont été demandées ?

Et surtout : où se situe la limite entre le travail parlementaire et ce qui relève des besoins personnels d’un député ? Je demande que cette limite soit examinée concrètement dans mon dossier.

Cette question est d’autant plus importante que les moyens dont disposent les députés sont financés par les Français. Je ne parle pas, à ce stade, de malversations établies. Je demande une vérification : les dépenses, les missions, les moyens mis à disposition, leur utilisation réelle.

Si tout est conforme, c’est parfait ! Mais si, au contraire, certaines pratiques ne le sont pas, alors l’institution devra avoir le courage de le reconnaître et d’en tirer les conséquences. Car l’argent public n’est pas une affaire privée.

Combien faudra-t-il encore de collaborateurs qui partent en souffrance, de signalements, d’articles de presse à charge sur Sandrine Josso pour regarder sérieusement ce qui se passe ? À partir d’un certain nombre, ce n’est plus seulement une série d’histoires personnelles. Cela devient une question institutionnelle.

C’est aussi ce qui m’interroge le plus. Un collaborateur parlementaire n’est pas dans la même position qu’un salarié ordinaire. Il travaille auprès d’un élu. Il dépend de lui. Il peut avoir besoin de son salaire. Il peut craindre pour son avenir professionnel, craindre de parler, d’être catalogué comme quelqu’un de difficile ou de ne plus retrouver de travail dans le milieu politique.

Alors, il se tait. Et lorsque plusieurs personnes se taisent ou partent sans que leur situation soit réellement examinée, le problème peut continuer.

Le Sénat a montré qu’une institution pouvait regarder ses propres problèmes en face. C’est pour cette raison que le précédent concernant la sénatrice Christine Herzog m’interpelle. Je ne prétends pas que son dossier soit identique au mien. Mais le Sénat a accepté d’examiner une situation mettant en cause l’un de ses membres. Le collaborateur a été entendu. La sénatrice a pu présenter ses observations. Le dossier a été instruit. Le Bureau du Sénat a pris une décision.

Je veux le dire clairement : j’ai trouvé courageux que le Sénat accepte de regarder un problème concernant l’un des siens. Alors pourquoi l’Assemblée nationale ne ferait-elle pas preuve du même souhait de transparence, du même courage ?

Vous avez récemment publié un message sur les réseaux sociaux dans lequel vous écriviez : « J’en ai assez de voir circuler des fake news sur les députés et l’utilisation de l’argent public. » Je veux croire que ces paroles peuvent maintenant trouver une traduction concrète.

Parce que la transparence ne consiste pas seulement à demander aux autres de parler. Elle consiste aussi, lorsqu’ils parlent, à les entendre. À examiner leurs documents. À vérifier leurs accusations. À entendre toutes les parties. Et à rendre des conclusions.

C’est exactement ce que je vous demande dans cette lettre concernant Sandrine Josso.

Je refuse que mon histoire connaisse le même destin que tant d’autres affaires : quelques articles, quelques réactions, quelques jours d’attention médiatique, puis le silence. Je ne veux pas que l’histoire des collaborateurs de Sandrine Josso finisse aux oubliettes.

Parce qu’au-delà de mon cas, il y a peut-être une question beaucoup plus importante : Comment l’Assemblée nationale protège-t-elle ceux qui travaillent au quotidien auprès de ses députés lorsque leur employeur est lui-même celui qui détient le pouvoir ?

Madame la Présidente, je croyais être seul face à la puissance politique. En parlant, en décidant de ne pas me taire, j’ai découvert que je n’étais pas seul. Ce soutien me donne aujourd’hui la force de poursuivre pour que toute la lumière soit enfin faite sur les pratiques de Sandrine Josso.

Je vous prie d’agréer, Madame la Présidente, l’expression de ma haute considération. »

Dominique Maisonneuve

Ancien collaborateur parlementaire de la députée Sandrine Josso

Déjà publié : https://cotedamour-infos.fr/un-ancien-collaborateur-parlementaire-accuse-la-deputee-sandrine-josso-de-manquements-au-droit-du-travail/

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