Ce vendredi, l’auteure de Boboland, la ville des vacances, Lily Taix, s’est retrouvée devant le tribunal judiciaire d’Angers. En cause : un passage satirique de son livre, jugé diffamatoire par l’adjoint au sport de La Baule. Une procédure qui, pour beaucoup, interroge moins sur le texte incriminé que sur l’hyper-sensibilité judiciaire d’une municipalité déjà connue pour multiplier les contentieux.

Lily Taix et Erwan Le Moigne

À La Baule, la plainte semble être devenue un réflexe

La Ville de La Baule est engagée dans une multitude de procédures, civiles comme pénales—plus d’une quinzaine. Une stratégie qualifiée par certains observateurs d’“offensive systématique”, d’autant plus facile qu’elle repose sur des financements publics.
Dans ce dossier, les honoraires de l’avocat de l’adjoint au sport sont pris en charge par la commune, sans que les demandes d’information des élus ne soient satisfaites.

Une salle d’audience entre gravité judiciaire… et satire littéraire

L’affaire tranche avec le quotidien habituel du tribunal.
Le président lui-même a esquissé un sourire : ce jour-là, il ne s’agissait ni de trafic de stupéfiants, ni de violences graves, mais… d’un trait d’humour au cinquième degré.

Au centre du dossier : quelques lignes d’un roman satirique imaginant des rumeurs autour d’un élu et de nouveaux bureaux municipaux. « Il se dit que l’adjoint au sport aime y inviter ses futures conquêtes il distribue largement et gracieusement des cartes de visite sur les bords de bassin pistes d’athlétisme. Sans doute des rumeurs amplifiées par l’aménagement des  lieux que certains salariés nomment les bureaux des promotions canapé »

Des allusions présentées comme fictives par l’auteure, mais perçues comme diffamantes par le plaignant.

La défense attaque la procédure sur tous les fronts

L’avocat de Lily Taix Me Erwan Le Moigne (Avocatlantic), a demandé au tribunal de se déclarer incompétent. Selon lui :

  • les faits seraient prescrits,
  • et surtout, le livre n’aurait même pas circulé dans la juridiction d’Angers.

« Entre avril et juillet 2024, aucun exemplaire n’a été commandé dans le Maine-et-Loire », avance-t-il, rappelant que Boboland est imprimé uniquement à la demande.

Lily Taix : “On me reproche une caricature qui n’identifie personne”

Face aux juges, l’auteure a défendu la nature du passage contesté :

« On me poursuit pour une satire loufoque. Rien dans ce texte ne permet d’identifier clairement le plaignant. Mon intention a toujours été littéraire, jamais personnelle. »

Elle rappelle avoir travaillé douze ans pour la municipalité :

« Je n’ai jamais écrit pour nuire. Ce livre est de la fiction, un style que j’utilise depuis longtemps. »

La partie civile réclame 5 000 euros pour “atteinte à l’honneur”

Pour l’avocate de l’adjoint au sport, Me Sophie Lodeho (Cabinet ACR), le passage est clairement ciblé et attentatoire à la réputation de son client. « Cela ne fait absolument pas rire notre client. Vous imaginez la réaction de son épouse ? C’est grave et dévastateur »
Elle demande 5 000 € au titre du préjudice moral, 3 000 € pour les frais de justice, ainsi que le retrait pur et simple des pages litigieuses.

“Une farce” pour la défense, “une atteinte grave” pour la partie civile

Maître Le Moigne souligne que les poursuites sont “totalement infondées ”.  « Il n’y a aucun fait précis imputé à qui que ce soit. C’est une farce littéraire. Nous sommes très loin de la diffamation. »

Et de conclure sur la liberté d’expression :

« Cette procédure n’a pas sa place devant un tribunal. » Dans sa plaidoirie, l’avocat nazairien considère que la liberté d’expression et la démocratie doivent être préservées « Liliane Taix n’a pas voulu déverser son fiel mais de l’humour bien français »

Décision attendue le 17 décembre

Laissant l’audience sur cette confrontation entre satire assumée et susceptibilité politique, le tribunal a mis sa décision en délibéré au 17 décembre 2025.

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