Le dernier conseil municipal de La Baule aura une nouvelle fois révélé les tensions autour du débat public local. La séance s’est ouverte sur une note consensuelle. À la suggestion de l’Association des maires de France (AMF), les élus ont voté une subvention de 10 000 euros destinée aux sinistrés des incendies qui ont frappé la Gironde et le Var. Une décision de solidarité qui n’a suscité aucune controverse.

Comme à son habitude, le maire a ensuite dressé un état des lieux de la saison touristique. Les chiffres qu’il avance font apparaître une baisse de fréquentation en avant-saison, du 1er au 25 juillet : –20,87 % de touristes par rapport à 2025 et –7,37 % d’excursionnistes.
Pour expliquer ce recul, plusieurs arguments sont avancés : une saison 2025 exceptionnelle, une météo estivale trop favorable qui inciterait les vacanciers à rester chez eux par la canicule plutôt que de se déplacer, ainsi que la suppression du feu d’artifice, susceptible d’avoir découragé une partie des excursionnistes. Le maire se veut toutefois rassurant, estimant que le mois d’août devrait permettre de compenser ce retard.
Cette analyse laisse pourtant de côté une question essentielle : celle de l’image de La Baule. La station souffre-t-elle d’un déficit d’attractivité ? Sa communication, en France comme à l’étranger, est-elle à la hauteur de ses ambitions ? Étonnamment, ces interrogations ne semblent jamais être posées, alors même que le maire revendique une expertise en communication.
Le maire s’est également félicité de la vitalité commerciale de la commune. Selon les chiffres présentés, 108 commerces ont ouvert contre 59 fermetures, tandis que 22 locaux seulement seraient vacants, soit un taux de vacance de 3,59 %. Des données qui mériteraient néanmoins d’être documentées et vérifiées, tant la municipalité a déjà été critiquée pour son usage souvent contesté des statistiques.
Quand une question dérange
Le moment le plus révélateur de cette séance est intervenu lors des questions diverses.
Lucie Hellias, élue d’opposition, a relayé l’interrogation d’une habitante de La Baule, laquelle s’était exprimée sur RTL à propos de nuisances sonores provoquées par un chantier rue de Noëlles. Sa question était simple : des travaux bruyants en pleine période estivale sont-ils autorisés ? Existe-t-il un arrêté municipal qui les interdit ?
La réaction du maire a été immédiate et particulièrement sèche :
« On n’est pas ici pour faire la caisse de résonance de RTL. Si vous avez des questions, vous les posez en dehors du conseil. »
L’élue lui a répondu sans se laisser intimider :
« J’ai passé l’âge de me faire engueuler. C’est la question d’une Bauloise. »
L’adjoint Jacques Lequerré a alors apporté une réponse de fond, rappelant qu’un arrêté interdit effectivement certains travaux du 13 juillet au 31 août et qu’en cas d’infraction il suffit de prévenir la police municipale, qui peut dresser un procès-verbal.
L’affaire aurait pu s’arrêter là. Mais le maire a tenu à réaffirmer sa position sur un ton particulièrement autoritaire :
« Le conseil municipal ne doit pas être le réceptacle des questions de l’extérieur. »
Cette sortie du maire dépasse le simple agacement. Elle révèle une conception particulièrement autoritaire de l’exercice du pouvoir. Dans une démocratie locale, les conseillers municipaux ne sont pas là pour approuver en silence les décisions de l’exécutif. Ils sont les représentants des habitants et ont précisément pour mission de porter leurs interrogations, leurs critiques et leurs préoccupations au sein du conseil municipal. Considérer que celui-ci ne devrait pas être « le réceptacle des questions de l’extérieur » revient à nier l’une de ses fonctions essentielles : faire vivre le débat démocratique. Une démocratie ne se mesure pas seulement au résultat des élections ; elle s’apprécie aussi à la manière dont le pouvoir accepte la contradiction, respecte l’opposition et écoute la parole des citoyens. À La Baule, cette conception de la démocratie semble aujourd’hui sérieusement mise à l’épreuve.