Poursuivie pour diffamation par l’adjoint aux sports de La Baule, Lily Taix a été relaxée le 17 décembre 2025 par le tribunal judiciaire d’Angers. Le jugement, désormais disponible, reconnaît la bonne foi de la prévenue.

Maître Erwan Le Moigne, avocat de la défense, a souligné que le tribunal avait expressément retenu « la bonne foi de Madame Taix », se félicitant d’une décision qui constitue, selon lui, « une victoire pour la liberté d’expression ».

Au-delà du fond, cette affaire interroge sur l’opportunité même de la procédure engagée. Alors que les juridictions sont saturées, confrontées à un manque chronique de moyens humains et à l’urgence de traiter des dossiers autrement plus graves, il peut paraître pour le moins discutable d’avoir mobilisé temps judiciaire et fonds publics pour ce type de poursuite.

Cette relaxe rappelle ainsi que le recours au judiciaire ne saurait devenir un outil d’intimidation face à la critique, surtout lorsqu’elle relève du débat public et de l’expression citoyenne.

L’essentiel du jugement

Christophe Mathieu, adjoint au maire de La Baule-Escoublac chargé des sports, avait porté plainte avec constitution de partie civile devant le doyen des juges d’instruction du chef de diffamation publique envers un citoyen détenteur d’un mandat public à l’encontre de Liliane Taix, à la suite de la publication, le 3 avril 2024, de son livre Boboland, la ville des vacances.

L’élu estimait que certains passages de l’ouvrage, présenté comme une satire mais se déroulant dans une station balnéaire aisément identifiable comme La Baule, portaient gravement atteinte à son honneur et à sa réputation. Il soutenait avoir été reconnu par des lecteurs comme le personnage visé, notamment dans un extrait évoquant l’« adjoint aux sports » et des comportements insinués dans l’exercice de ses fonctions.

À l’audience, Liliane Taix a reconnu que le récit se situait bien à La Baule-Escoublac, tout en contestant toute identification directe de Christophe Mathieu au personnage incriminé, rappelant notamment qu’il n’était pas le seul élu en charge du sport. Elle a également insisté sur le caractère fictif et humoristique de l’ouvrage, niant toute animosité personnelle à l’égard du plaignant.

Le tribunal a retenu que l’ouvrage, clairement présenté comme une satire, tant par son sous-titre que par son avant-propos et son style général, ne pouvait prêter à confusion pour le lecteur quant à son intention humoristique et critique. Il a estimé que les propos, bien que potentiellement attentatoires à l’honneur, s’inscrivaient dans un registre satirique identifiable.

Les juges ont par ailleurs relevé l’absence d’animosité personnelle démontrée à l’encontre de la partie civile. Ils ont considéré que la référence aux « promotions canapé », aussi infondée soit-elle, reposait sur une base factuelle minimale, au sens de la jurisprudence de la Cour de cassation, en l’occurrence le réaménagement des bureaux des élus, équipés de canapés.

Le tribunal a estimé que les propos n’étaient ni personnels ni gratuits, rappelant que l’exagération et l’outrance constituent des ressorts propres à la satire, même lorsqu’ils peuvent heurter les personnes visées.

Enfin, les juges ont souligné qu’en raison de ses fonctions électives, Christophe Mathieu devait accepter un degré de critique et de satire plus élevé qu’un simple citoyen. Dans ces conditions, une condamnation de Liliane Taix aurait constitué une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression, principe fondamental dans une société démocratique.

Liliane Taix a donc été relaxée.

Les Éditions du net   https://www.leseditionsdunet.com/livre/boboland-la-ville-des-vacances

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